La supercherie de l'algorithme open source de X révèle surtout un vide sidéral et inquiétant

Imaginez un instant la scène. Une sorte de type louche vous alpague au coin d'une rue numérique pour vous murmurer: Hé petit, tu veux voir les entrailles de l'algorithme de X ? C'est juste là, sers-toi. C'est précisément l'impression que donne la récente manœuvre d'Elon Musk. Le milliardaire semble tenir, du moins en partie, une promesse faite il y a une semaine, ouvrir l'algorithme de recommandation de son réseau social au public. Si l'intention paraît noble sur le papier, la réalité ressemble davantage à une vaste opération de communication qu'à une véritable révolution de la transparence.
Il faut se souvenir que Musk avait déjà promis cette ouverture dès 2022. À l'époque, nous avions eu droit à un simple instantané du code, rapidement devenu obsolète, loin de la définition standard d'un projet open source vivant et collaboratif. Cette nouvelle tentative, bien que présentée comme un pas en avant, souffre des mêmes maux chroniques. Le patron de X a promis de mettre à jour ce dépôt toutes les quatre semaines, mais permettez-moi de douter de la tenue de cet engagement quand on observe le passif de l'entreprise.
Le problème principal réside dans ce qui manque. Elon Musk avait assuré qu'il publierait tout le code utilisé pour déterminer les recommandations, y compris pour les publicités. Or, de là où je suis assis, cette promesse est loin d'être tenue. Le code régissant l'affichage publicitaire brille par son absence. Plus troublant encore, le système de tri par défaut du fil “Abonnements”, désormais géré par l'IA Grok depuis novembre dernier, semble lui aussi introuvable dans ce dépôt. Nous avons donc affaire à un puzzle incomplet dont les pièces les plus lucratives et les plus opaques ont été soigneusement retirées de la boîte.
Le site web Gizmodo a tenté d'obtenir des réponses sur ces omissions flagrantes, mais le silence radio de X est devenu une norme inquiétante. Néanmoins, nous voici avec ce nouveau tas de code et la première chose à savoir est que, selon les propres mots d'Elon Musk, cet algorithme est nul. C'est une déclaration fascinante, surtout quand on la compare à celle de Nikita Bier, chef produit chez X, qui se vante d'une augmentation du temps d'engagement des nouveaux utilisateurs. Qui croire ? L'algorithme est-il inefficace ou est-il une machine à addiction trop performante ?
La vérité est probablement plus cynique. Celui décrit dans la documentation technique ressemble à une mise à jour de la méthode TikTok. Un système conçu pour capturer votre attention à tout prix. Il ne cherche pas à vous informer ou à élever le débat, mais à stimuler vos pulsions les plus primaires. Il privilégie l'engagement pur, cherchant désespérément ce qui vous fera arrêter de scroller, quitte à vous inonder de contenus clivants. C'est un mécanisme qui flatte votre ça et ignore totalement votre surmoi.
Musk qualifie également son algorithme de stupide, une réponse directe aux plaintes de certains utilisateurs conservateurs américains, comme Mark Kern, qui estiment que le système pénalise les comptes souvent bloqués. Si cela est techniquement plausible, il est hilarant de voir ces critiques omettre que les comptes massivement bloqués sont souvent des vecteurs de harcèlement. L'algorithme ne serait donc pas woke, mais simplement un filtre basique contre les comportements toxiques, ce qui semble déranger une frange spécifique de l'utilisateur “libéré” par Musk.
Mais le point le plus critique de cette fausse transparence réside dans la nature même du système. X admet que tout repose désormais sur une architecture d'intelligence artificielle basée sur Grok. L'analyse ne se fait plus via des règles manuelles compréhensibles par un humain, mais par un apprentissage automatique opaque qui ingurgite vos clics, vos réponses et vos favoris pour recracher ce qu'il juge pertinent. Ouvrir le code d'une boîte noire neuronale est un non-sens. Voir le code source du conteneur ne vous explique pas comment l'IA prend ses décisions à l'intérieur. C'est du théâtre de la transparence, rien de plus.
Le contexte aggrave ce sentiment de fumisterie. La plateforme est devenue une entreprise privée, fuyant les obligations de reporting public et a récemment écopé d'amendes de l'Union Européenne pour son manque de transparence. De plus, l'outil Grok est actuellement sous le feu des critiques pour avoir généré des images non consensuelles à caractère sexuel. Dans ce climat de dérégulation et de chaos, jeter quelques lignes de code en pâture au public ressemble à une diversion maladroite.
Nous sommes face à deux concepts irréconciliables: les besoins d'une entreprise qui doit accrocher l'utilisateur pour vendre de la publicité et le désir humain d'être bien informé et serein. Rendre l'algorithme open source ne résoudra jamais cette équation impossible tant que le but ultime restera la maximisation du profit par l'attention. Nous verrons si les développeurs externes parviennent à extraire quelque chose d'utile de ce code, mais il y a fort à parier que cette opération ne serve qu'à masquer la réalité d'un service devenu un casino attentionnel imprévisible.