La majorité des cryptomonnaies finissent par mourir

Plateforme d'échange de cryptomonnaies — Wikipédia

Que se passe-t-il réellement lorsqu’une cryptomonnaie rend son dernier soupir ? Contrairement aux êtres vivants, il n'y a pas d'enterrement, pas de cérémonie et rarement une nécrologie dans les journaux. Pourtant, ces décès numériques se produisent à un rythme effréné, atteignant des records historiques ces derniers temps. C’est une réalité qui hante les portefeuilles numériques, la mort silencieuse des actifs.

Pour comprendre ce phénomène, il faut d'abord regarder les cadavres les plus célèbres. Le décès le plus marquant reste sans doute celui du TerraUSD. Autrefois géant parmi les stablecoins, censé maintenir une parité parfaite avec le dollar, il a entraîné sa cryptomonnaie sœur, le Luna, dans une chute vertigineuse. En l'espace d'une semaine chaotique, sa valeur a plongé de son ancrage de 1 $ pour atteindre 14 centimes, avant de s'effondrer vers les 2 centimes, zone où il stagne depuis comme un fantôme.

C'est l'archétype de la mort financière. Bien que renommé USTC et bien que des transactions aient encore lieu de temps à autre pour des fractions infimes de dollar, l'actif est cliniquement mort. Techniquement, tant que la blockchain fonctionne, le token peut être transféré. Mais cet épisode démontre parfaitement la première leçon de tout cours d'économie, une chose que personne ne veut n'a aucune valeur de marché. C’est la définition même de la mort économique.

Si le cas TerraUSD était spectaculaire, il n'était que l'arbre qui cache la forêt. Une récente analyse de CoinGecko révèle que la faucheuse crypto n'a jamais été aussi active. En examinant ses registres remontant à 2021, la plateforme a recensé plus de 20,2 millions de tokens lancés sur le marché. Le constat est sans appel, la majorité d'entre eux, soit 53,2%, ont cessé toute activité de trading. Ils sont morts. Le plus effrayant réside dans la temporalité de ces disparitions. Sur les millions d'échecs enregistrés, 11,6 millions (soit 86,3% du total des échecs) se sont produits l'année dernière. Autrement dit, 2025 n'a pas été une simple année de correction, mais une véritable extinction de masse pour les actifs numériques.

Comment expliquer une telle hécatombe ? La réponse tient en grande partie à la facilité déconcertante avec laquelle on peut désormais créer une monnaie. 2025 a été l'année de l'explosion virale de Pump.fun, une plateforme décrite comme un casino social décentralisé. Son but ? Permettre à n'importe qui de créer une cryptomonnaie en quelques secondes, pour quelques centimes, sur un coup de tête. C'est ici que le marché a basculé dans l'absurde. On a vu défiler des créateurs fumant de la méthamphétamine en direct, des avocats ivres donnant des conseils juridiques douteux, ou des streameurs promettant de ne pas dormir tant que leur “coin” n'atteindrait pas une capitalisation boursière délirante.

Dans ce contexte, favorisé par une atmosphère politique aux États-Unis où l'on s'autoproclame “président de la crypto”, la spéculation a remplacé l'utilité. Ces millions de monnaies mortes ne sont pas des projets technologiques qui ont échoué mais plutôt des blagues qui ont cessé d'être drôles.

Contrairement au crash du TerraUSD, ces memecoins ne meurent pas dans une explosion médiatique. Ils se figent simplement. Ils sont abandonnés dès que l'attention se porte ailleurs. Il ne faut jamais oublier une vérité fondamentale, derrière chaque cryptomonnaie morte, il y a un portefeuille. Chaque cadavre numérique est la preuve que quelqu'un (peut-être un investisseur naïf victime d'une arnaque, ou simplement le créateur qui a ri un bon coup) s'est retrouvé coincé avec l'actif. C'est ce qu'on appelle “tenir le sac” (holding the bag). Et dans ce cimetière numérique en pleine expansion, ces derniers sont de plus en plus lourds et de plus en plus nombreux.

Romain Leclaire sur Piaille.fr