eBay déclare la guerre aux agents conversationnels et robots d’achat non autorisés

Une mise à jour apparemment anodine des conditions d'utilisation d'eBay a révélé une transformation en cours dans le monde du commerce en ligne. Repérée par Value Added Resource, cette modification interdit explicitement aux agents tiers de type « buy for me » et aux chatbots pilotés par l'intelligence artificielle d'interagir avec la plateforme sans autorisation préalable. Si, à première vue, une simple ligne ajoutée aux conditions générales peut sembler triviale, elle signale en réalité l'émergence rapide et perturbatrice de ce que les experts appellent désormais le commerce agentique.

Ce nouveau terme désigne une catégorie d'outils d'IA conçus non seulement pour discuter, mais pour naviguer, comparer et effectuer des achats à notre place. eBay a décidé de prendre les devants face à cette tendance. Les nouvelles conditions, qui entreront en vigueur le 20 février prochain, sont sans équivoque. Elles interdisent spécifiquement aux utilisateurs d'employer des agents d'achat, des bots pilotés par de grands modèles de langage ou tout flux de bout en bout tentant de passer des commandes sans validation humaine. Auparavant, l'accord interdisait de manière générale les robots et le scraping de données, mais ne mentionnait jamais spécifiquement l'IA générative ou les LLM.

L'expression « commerce agentique » pourrait ressembler à un jargon marketing futuriste, mais la réalité est que ces outils sont déjà opérationnels et adoptés par le grand public. Bien que regroupés sous une même étiquette, ils prennent des formes variées. OpenAI a été l'un des premiers à ouvrir la voie en ajoutant des fonctionnalités d'achat à ChatGPT Search en avril 2025, permettant de parcourir des recommandations de produits. Dès septembre, l'entreprise lançait l'Instant Checkout, permettant d'acheter des articles de vendeurs Etsy et Shopify directement dans l'interface de chat.

La concurrence s'intensifie également ailleurs. Perplexity propose désormais « Buy with Pro », une fonctionnalité de paiement en un clic pour ses abonnés payants. De son côté, Google a récemment dévoilé son Universal Commerce Protocol, un standard ouvert destiné à faciliter les interactions entre les agents d'IA et les détaillants. Même Amazon s'y met avec sa propre fonction « Buy For Me », utilisant l'IA pour acheter des articles sur des sites de marques externes via l'application maison. Face à cette prolifération, eBay tente de reprendre le contrôle de son écosystème.

Cette mise à jour politique fait suite à des changements techniques plus discrets opérés en décembre sur leur fichier « robots.txt ». Ce dernier indique aux bots quels contenus ils peuvent ou ne peuvent pas explorer. eBay y a ajouté une nouvelle politique interdisant le scraping automatisé et les agents d'achat, bloquant explicitement les bots de Perplexity, Anthropic et Amazon, tout en laissant un accès au bot de Google. Les restrictions du fichier robots.txt reposent toutefois essentiellement sur un système d'honneur. En inscrivant ces interdictions directement dans ses conditions d'utilisation, la plateforme se dote d'un levier juridique pour poursuivre les contrevenants.

Mais cette position défensive ne signifie pas que le site d’e-commerce rejette l'IA. Au contraire, il souhaite simplement rester maître du jeu. Son PDG Jamie Iannone a confirmé lors d'une conférence sur les résultats en octobre qu'eBay testait ses propres expériences agentiques. De plus, les nouvelles règles laissent la porte ouverte aux bots disposant d’une autorisation expresse préalable. Cette clause stratégique suggère que la plateforme ne cherche pas à tuer le commerce par IA, mais plutôt à le canaliser vers des partenariats officiels et contrôlés, potentiellement même avec des acteurs comme OpenAI.

Romain Leclaire sur Piaille.fr